Les Trésors du mois

Chaque mois, le Fonds Ancien & Régional des médiathèques de Saintes vous propose de partir à la découverte d’un des trésors de ses collections.
Insolites, amusants, précieux ou uniques, ces coups de coeur des bibliothécaires vous feront partager la diversité des fonds patrimoniaux et la richesse de l’histoire saintongeaise.
Bonne découverte !

 

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2000 ans à veiller sur la Charente


2 000 ans à veiller sur la Charente, qui, s’enroulant autour de ses pieds, a bien failli le faire chuter.

Cette gravure de 1840 nous montre un arc monumental en bien mauvais état. Lézardé, bancal, le pont lui-même semble avoir du mal à le soutenir.

Pourtant,  cet arc connaît la gloire lors de son édification en 18-19. Véritable porte de la ville de Mediolanum, il marque l’arrivée de la route provenant de Lyon, qui, se prolongeant rive gauche devient l’axe principal de la ville. Ses deux arches correspondent logiquement aux deux sens de circulation. Malgré l’appellation quelque fois utilisée, il n’est pas un arc de triomphe, élevé pour célébrer une victoire. Le nom de Germanicus provient de la dédicace gravée au fronton pour  l'empereur Tibère, son fils Drusus et son neveu et fils adoptif, Germanicus.

L’inscription indique également le nom du donateur Caius Julius Rufus qui a offert l’arc à sa ville natale. Ce notable, d’origine gauloise, étale sur toutes les faces de l’arc son ascendance aristocratique, fier de l'ancrage de sa famille à la tête de la cité des Santons. Son grand-père est le premier membre de la famille à recevoir la citoyenneté romaine, peut-être lors de la Guerre des Gaules ou peu après. Rufus est lui le premier à adopter un nom romain et à ne pas garder un surnom d'origine celtique : la romanisation progressive des notables gaulois est en marche.

Le pont subit de nombreuses modifications durant le Moyen-âge et la Charente, creusant la berge rive droite, a tôt fait d’isoler l’arc au milieu de l’ouvrage. Ce pont est fortifié, l’arc transformé en élément défensif. Diverses constructions s’agglutinent sur le pont, des maisons, boutiques et même une prison.
Très affaibli, le vieux pont menace de s’écrouler au début du XIXe et obstrue le passage du fleuve ; décision est donc prise de le remplacer. En 1838, un nouveau pont relie le cours National et l’avenue Gambetta ; l’axe principal de la ville est donc déplacé. Le pont romain quant à lui vit ses dernières heures en attendant sa destruction et l’on doit à l’intervention de Prosper Mérimée, l’Inspecteur des monuments historiques que l’arc n’ait pas subi le même sort. Il fait démonter pierre par pierre l’arc pour le faire reconstruire place Bassompierre.
Cette opération suscite la colère de Victor Hugo : «  On démolit en ce moment l’arc […]. J’ai vu emporter la pierre numérotée C-S ; un cahot a failli faire verser la charrette ; un peu plus, la pierre tombait sur le pavé et s’en allait en miettes, comme les deux tiers du monument. […] Les vieilles pierres s’écrasent sous la pression des échelles. […] On appelle cela sauver un monument. »
De fait, la grande majorité  des pierres, malmenées,  sont refaites et retaillées lors de cette opération.

Long de 16 m et haut de 15m, l’arc conserve aujourd’hui sa physionomie antique bien que le décor ait été largement refait et qu’il ne reste malheureusement que bien peu de pierres bimillénaires du monument…. Sa destination d’origine s’est perdue mais il continue de veiller sur le fleuve à ses pieds, rappelant la grandeur de Mediolanum.






 

Le pont médiéval et ses constructions, 1710