Sophie Blanchard : la première femme aéronaute professionnelle
Sophie Blanchard, gravure de Jules Poreau, 1859
Sophie Blanchard, dite Madame Blanchard, est née le 24 mars 1778 au hameau des Trois-Canons (commune d’Yves, près de La Rochelle). En épousant Jean-Pierre Blanchard (1753-1809), aéronaute et passionné de son art, Sophie Blanchard entre dans le monde de l’aérostation.
Médiathèques de Saintes, 28276-1 / 63 ESC
Inventé en 1783, le ballon à gaz est une avancée majeure dans l’histoire de la conquête des airs. L’hydrogène, découvert en 1766, permet l’ascension du ballon et de son aérostatier dans sa nacelle. L’aérostation trouve sa place au sein du spectacle vivant de l’époque, en proposant aux foules des moments festifs de dépaysement.
Le 27 décembre 1804, Sophie monte pour la première fois dans la nacelle d’un ballon, en tant que passagère de son mari. Elle ne retient de cette expérience que l’ « incomparable sensation » éprouvée alors qu’elle se trouve à plus d’une centaine de mètres au-dessus de Marseille.
Au printemps de l’année suivante, son mari malade ne peut assurer l’ascension programmée par la municipalité de Montpellier. Sophie refuse de décevoir le public qui a payé pour assister au spectacle. Elle décide donc de remplacer son mari. Sous les yeux surpris des spectateurs, elle s’élève lentement jusqu’à environ deux cents mètres, avant de jeter du leste et de disparaître derrière les nuages à trois mille mètres d’altitude. Elle atterrit sans encombre à une vingtaine de kilomètres au nord de Montpellier, près de Lancyre, une heure plus tard.
L’ascension en ballon d’une femme seule est une première mondiale.
Malgré le froid glacial, les vives douleurs aux oreilles et aux yeux et les difficultés respiratoires éprouvées, Sophie ne rêve que d’une chose : renouveler l’expérience. Elle effectue 18 ascensions en solitaire entre 1805 et 1809.
Après la mort de son mari en 1809, Sophie fait le choix de s’investir pleinement dans le métier d’aérostatière. Un choix peu attendu dans un monde où tous les aérostatiers sont des hommes. Sophie multiplie les ascensions et rencontre un immense succès en France mais aussi en Europe, et notamment en Italie.
Nommée par Napoléon Ier « ministre des ballons », un titre essentiellement honorifique, Sophie anime des manifestations à la gloire de l’Empereur. Elle s’envole le 24 juin 1810 pour célébrer le mariage de Napoléon Ier avec Marie-Louise d’Autriche. Elle s’élève le 15 août 1811 et allume sous son ballon un feu d’artifice formant une couronne d’étoiles pour fêter le quarante-cinquième anniversaire de l’Empereur. Louis XVIII la nomme « aéronaute officielle de la Restauration » après une ascension dans la soirée du 4 mai 1814, lors de la fête organisée pour l’entrée du roi dans la capitale.
« Intrépide comme l’aigle et douce comme une colombe, aimant la vie et bravant tous les jours la mort », tel est portrait que Poterlet Jeune fait de Sophie Blanchard dans sa Notice sur Madame Blanchard, aéronaute.
Sépulture de Sophie Blanchard, gravure de T. de Jolimont
Les ascensions ne sont pas sans danger, d’autant que Sophie Blanchard prend des risques supplémentaires avec ses ascensions-spectacles ponctués de feux d’artifices. Lors de sa dernière ascension, l’un de ces feux touche son ballon qui part à la dérive, heurte une toiture et la projette hors de la nacelle. Cette chute lui est fatale. Enterrée dans la 13e division du cimetière du Père Lachaise, la tombe de Sophie Blanchard est ornée d’une colonne sur laquelle figure un aérostat en flammes.
Médiathèques de Saintes, 28276-1 / 64 ESC
Les ascensions en solitaire de Sophie Blanchard